Mardi 28 juillet 2009 2 28 /07 /Juil /2009 19:54

Cette gauche qui veut transformer l’Europe

EUROPE . Le Parti de la gauche européenne (PGE) vient de tenir son université d’été en Espagne. Au menu des discussions : crise, écologie, Amérique latine et rencontre entre militants.Valence (Espagne),

 

« J’espère que vous allez trouver des solutions. » Dans l’ascenseur de l’hôtel de Valence, une femme interpelle, en voyant son badge, l’un des participants à l’université d’été du Parti de la gauche européenne (PGE), qui réunit diverses formations progressistes européennes. « Je viens de licencier 71 personnes », confie-t-elle à un membre du Parti communiste français. Elle travaille dans le bâtiment, un secteur dévasté après la spéculation immobilière. Conséquence de la crise, l’Espagne connaît un chômage de masse, à plus de 20 %. « Il n’y a pas de capitalisme à visage humain capable de satisfaire les besoins humains ! » lance dans son introduction Marta Sanz, secrétaire du Parti communiste du pays valencien, lequel, avec le PC espagnol (PCE), accueillait les travaux. Logique, donc, que la question de la crise financière soit au coeur des débats de la centaine de participants venus de 19 pays, membres de l’Union européenne (UE) ou non. Autres thèmes au menu : les résultats du scrutin chez les Vingt-Sept, et le lien entre social et écologie. Particulièrement à l’honneur, l’Amérique latine (voir ci-contre).

Pour l’Allemand Richard Detje, de la revue Sozialismus, on est là dans une crise générale du capitalisme, les différents modèles étant touchés, « qu’il soit anglo-saxon, nordique ou d’Europe centrale et méditerranéenne ». Selon lui, « quarante années d’un certain développement sont arrivées à leur terme ». L’économiste met en garde contre un « effet de second tour », à un moment où certaines institutions prévoient une reprise dès 2010. « Augmentation du chômage et baisse de salaires entraînent une diminution du pouvoir d’achat. » De quoi entraîner une nouvelle chute de la croissance après une courte reprise.redistribuer les pouvoirs

De pouvoir d’achat, il en a été beaucoup question. Nombre d’intervenants ont présenté des graphiques en courbe descendante. Celle de la part des salaires dans le produit intérieur brut (la richesse créée annuellement), qui n’a fait que baisser depuis les années 1970, au profit des bénéfices. Mais les intervenants ne s’arrêtent pas là. Pedro Paez, ancien ministre de l’Économie d’Équateur, avertit que cette tendance s’accompagne d’une « financiarisation du capitalisme ». Pour lui, « le profit a augmenté bien plus que la formation brute de capital fixe », c’est-à-dire les investissements. Autre graphique à l’appui, il montre que, sur son continent, l’Amérique latine, l’avènement du néolibéralisme, la dérégulation des marchés de capitaux, loin d’attirer des capitaux, ont conduit « à une baisse des investissements dans les années 1970 ». Il fait donc la preuve de l’inefficacité d’une telle politique. Pedro Paez, qui est aussi membre de la commission Stiglitz de l’ONU pour la régulation financière, esquisse plusieurs propositions : en finir avec l’hégémonie du dollar, redistribuer les pouvoirs pour briser la concentration de l’économie, mettre en place des blocs économiques régionaux qui émettraient une monnaie régionale de réserve.

le contrôle de la monnaie

À ses côtés à la tribune, Denis Durand (PCF), syndicaliste à la Banque de France, revient sur le rôle crucial de la monnaie. Et de la manière progressiste de l’utiliser pour contrer les origines de la crise : en relevant la part des salaires dans l’économie et en utilisant les profits pour l’investissement et non les dividendes. Studieux, les participants ont pu l’entendre montrer les mécanismes par lesquels la création de monnaie dans les années 1980 a été faite pour attirer les capitaux, plus que pour favoriser la production. « Le mouvement social sait où il faut mettre de l’argent. La question du contrôle de la monnaie est un élément du rapport de forces », prévient l’économiste français, qui appelle à une « multiplication des luttes ». Pedro Paez, qui voit dans la crise une « guerre économique pour savoir quels sont les capitaux qui vont survivre », appelle les progressistes à donner à la « politique, une nouvelle direction morale ». Sinon, le pire peut advenir.

Entre discussions au moment des repas, interventions dans les débats, les participants ont donné des éléments sur la vie politique et sociale de leur pays, sur les résultats nationaux aux élections européennes. Provoquant une réunion samedi soir, les jeunes se sont inquiétés de la montée de l’extrême droite dans de nombreux pays. L’un d’eux, Armando Steinko, d’Izquierda Unida (Espagne), a pointé le doigt sur la montée de partis de classe moyenne en marge de la gauche (Verts, Italie des valeurs, etc.), divisant politiquement le monde du travail. Alors que le Parti de la gauche européenne (PGE) avait présenté un projet commun aux forces progressistes qui le composent, lors des élections de juin, cette université d’été a été l’occasion de lui donner un peu plus de corps en faisant se rencontrer les militants de différentes formations. « Nous sommes un excellent laboratoire de la mondialisation de la gauche », estimait Maite Mola (PCE) dans sa conclusion. Certains étaient présents lors du rassemblement à Paris l’an dernier, d’autres reviendront l’année prochaine. Et dans les dernières heures, les jeunes (et pas seulement) échangeaient leurs adresses pour garder le contact.

Le Parti de la gauche européenne est une jeune formation de type confédéral, fondée lors du congrès de Rome le 8 mai 2004. Le PCF fait partie de ses membres fondateurs. Actuellement, il réunit 19 formations parmi lesquelles, outre le PCF, Die Linke (Allemagne), Esquerda Unida (Espagne), le PC espagnol, Synaspismos (Grèce), le Bloc de gauche (Portugal), Refondation communiste (Italie), le PC de Moldavie… Onze autres partis ont un statut d’observateurs : PCBM (République tchèque), AKEL (Chypre), Alliance rouge et verte (Danemark), PC slovaque… Tous les eurodéputés PGE siègent dans le groupe de la Gauche européenne (GUE). L’actuel président du PGE est Lothar Bisky, qui a succédé à Fausto Bertinotti.

Par secretaire de section
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