Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /Mars /2010 06:55

arton881940-19889.jpg 1 UNE URGENCE SOCIALE

La multiplication des conflits salariaux exprime clairement la volonté des salariés, corroborée par les sondages d’opinion, de tourner une page : celle des politiques, tant patronales que gouvernementales, d’agression multiforme contre les salaires. Depuis des années, tandis que le dividende de l’actionnaire est à la fête, la feuille de paye est à la diète. Rançon des exonérations de charges accordées aux entreprises sur les bas salaires, mais aussi de la multiplication des emplois précaires, les rémunérations se sont tassées vers le bas. Un salarié sur deux doit vivre avec moins de 1 500 euros environ, près de 4 millions perçoivent une rémunération au-dessous du seuil de pauvreté… Signe de l’acuité du problème (même si ce type de réponse tend à le pérenniser), la mise en place du RSA, censé compenser la misère des salaires perçus par de nombreux travailleurs. Donner un vigoureux coup de pouce aux salaires, ce serait donc, d’abord, accorder à des millions d’hommes et de femmes les moyens de vivre décemment. Ce serait aussi répondre à un problème lancinant : la dévalorisation du travail qualifié. « On a une main-d’oeuvre dont le niveau de qualification, en général, s’élève, alors que le salaire ne suit pas », constate un économiste.

2 UN ANTIDOTE À LA CRISE

La primauté accordée aux revenus du capital sur ceux du travail est, on le sait, au coeur de la crise que nous traversons depuis 2008. En sortir implique de renverser ce choix et d’augmenter les revenus salariaux. La demande intérieure reste en effet le moteur numéro un de l’activité économique. La consommation, qui, jusqu’alors, avait relativement bien résisté à la crise, profitant notamment de la faiblesse de l’inflation et de mesures de soutien comme la prime à la casse, ainsi que de l’existence des minima sociaux, donne désormais de sérieux signes de faiblesse (la consommation des ménages a chuté de 2,7 % en janvier, selon l’Insee). Les prix sont repartis à la hausse (+ 1,1% sur un an), la prime à la casse a diminué. La revalorisation des salaires doit prendre le relais. L’annonce de confortables profits en 2009 par une série de grands groupes montre, si besoin était, qu’il n’y a là rien d’irréaliste. Répondre à la demande salariale permettrait aussi de s’attaquer au déficit de la Sécurité sociale, qui s’est considérablement creusé (30 milliards d’euros prévus en 2010) du fait de la baisse des recettes qu’elle tire avant tout des cotisations assises sur les salaires.

3 FAVORABLE À L’EMPLOI

Selon l’antienne du patronat, céder aux revendications salariales reviendrait à favoriser les délocalisations et, en fin de compte, à mettre en péril des emplois. Faux, rétorque Nasser Mansouri, économiste de la CGT, citant une étude récente de la direction des politiques économiques de Bercy sur la désindustrialisation, qui « montre que les délocalisations vers les pays à bas salaires n’expliquent que partiellement la perte de l’emploi industriel en France », davantage imputable aux délocalisations vers les pays développés. « L’argument du coût salarial est donc non pertinent. Les statistiques officielles le confirment : en termes de coût salarial, la France se situe dans la moyenne européenne, alors que, pour la productivité horaire, on est dans le peloton de tête », note Nasser Manssouri. Plutôt que de « culpabiliser la demande », de bloquer les salaires, pour, prétendument, éviter d’augmenter les importations, il s’agit d’« accroître le potentiel productif ». Ce qui suppose de remettre en question les choix financiers des entreprises qui consacrent une plus grande part de la valeur ajoutée aux dividendes qu’aux investissements. « Si on divisait les dividendes par deux, on dégagerait 04-2 120 milliards d’euros. De quoi financer les investissements, mais aussi les salaires. »

4 DES LEVIERS POUR AGIR

Alors que le chef de l’État continue de discourir sur la nécessité de rééquilibrer « le partage de la valeur ajoutée », laissant de marbre la patronne du Medef, qui refuse de négocier sur le sujet, le gouvernement, s’il en avait la volonté, aurait les moyens de modifier la donne sur la question salariale. Cette année encore, quelque 30 milliards d’euros d’exonérations de cotisations sociales vont être accordées aux entreprises, sans véritable contrepartie. De plus en plus largement critiquées, ces aides pourraient être assorties d’une condition : que des accords, majoritaires, sur l’augmentation des salaires soient signés dans les entreprises bénéficiaires. Outre la revalorisation des traitements des fonctionnaires, le gouvernement dispose, pour le secteur privé, d’un autre puissant levier : le smic, auquel, cette année encore, il a refusé de donner un coup de pouce. Or, d’après une étude de la Dares, les hausses du smic ont des répercussions, directes ou indirectes, sur 35 % des salariés, note l’économiste Antoine Rémond. Toutes les entreprises ne sont certes pas sur le même pied. Changer la politique salariale implique pour les PME de faciliter leur accès au crédit bancaire et de rééquilibrer leurs rapports entre donneurs d’ordre et sous-traitants.

Par secretaire de section
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