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Le PCF sous-médiatisé Temps de parole . Marie-George Buffet est venue plaider la cause du pluralisme au CSA.

Symptomatique du climat qui règne dans les rédactions à l’égard du PCF, mardi soir, alors que Marie-George Buffet, accompagnée d’Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, et de Francis Parny, en charge de médias, rencontrait Michel Boyon, président du CSA, seulement les journalistes de Dimanche Plus, l’émission de Laurence Ferrari (en clair sur Canal Plus), et de l’Humanité étaient au rendez-vous. Il est vrai que, les chiffres de temps de parole sur les différentes chaînes en témoignent, l’omniprésence de Sarkozy, celle du gouvernement et de l’UMP occupent le temps d’antenne. Le PS s’en était récemment ouvert, demandant que le temps de parole du président soit comptabilisé. « La France a besoin du débat d’idées, c’est la vie de la République », relève Marie-George Buffet, en déplorant le déséquilibre gauche-droite dans les émissions d’information, mais aussi le déséquilibre « caricatural » à l’intérieur de la gauche qui réduit la visibilité du PCF (troisième force politique du pays en termes d’élus et qui a un groupe dans chaque assemblée). « Il y a des émissions où nous ne sommes plus invités. Il y a là un manque de respect pour tout un courant d’opinion », dénonce la secrétaire nationale du PCF, relevant que « d’autres formations sont dans la même situation ». « Il y a une tendance au bipartisme », dit-elle. Le débat de fond est inexistant comme s’il n’y avait plus d’alternative au libéralisme. « C’est la bataille pour le pluralisme que nous menons face à une dérive institutionnelle. Une partie du temps de parole de Sarkozy devrait être comptabilisée dans le celui de l’UMP. » Les chiffres de temps de parole publiés par le CSA, que ce soit en janvier ou en février, montrent que la droite accapare les trois quarts du temps des journaux d’information. C’est aussi vrai pour les magazines et les autres émissions donnant la parole aux politiques.

« L’omniprésence médiatique du chef de l’État et les pressions politiques inadmissibles à l’encontre des journalistes, et notamment à l’égard de ceux de l’AFP, posent de nouveaux problèmes de garanties du pluralisme de l’information dans notre pays », a indiqué Marie-George Buffet, dans une lettre préalable adressée à Michel Boyon. Dans ce courrier, elle précise qu’il « va sans dire que notre conception du pluralisme ne se résume pas, comme nous l’avons déjà signifié, au seul décompte du temps de parole des partis politiques. L’absence de pluralisme dans le choix des éditorialistes et l’absence répétée de paroles citoyennes et syndicales à hauteur de leur place dans la société ne font que confirmer et aggraver "l’excommunication" dont notre peuple est victime ».

Quand s’ajoutent les restructurations dans la presse, les incertitudes financières, les menaces sur l’audiovisuel public et le devenir de ses rédactions, c’est toute la chaîne de l’information qui est en danger.

Le PCF alerte le CSA Une délégation du PCF était reçue hier par le président du CSA Michel Boyon. Nous publions la lettre adressée par Marie-George Buffet dans laquelle la secrétaire nationale s’inquiète du déficit de pluralisme et du déséquilibre dans le traitement médiatique des partis politiques.

A Michel Boyon Président du CSA

Monsieur le Président,

L’univers des médias et tout particulièrement celui de l’audiovisuel a connu ces dernières années des bouleversements majeurs : multiplication des canaux de diffusion, irruption et massification des nouvelles technologies de communication, évolution des usages (nomadisme, vod, etc..).

Ces bouleversements ont été porteur d’avenir et de possibilités nouvelles mais ils ont aussi fragilisé un secteur d’activité déjà rendu plus vulnérable par l’aggravation des logiques de concentration capitalistique et de financiarisation de leurs critères de gestion. La course aux recettes publicitaires, a eu tendance à unifier les programmations et la conception d’une information et d’un divertissement fondé sur la recherche d’audience sans empêcher une répartition inégale de ces recettes.

Entre révolutions technologiques, attentes des citoyen(ne)s et stratégie des groupes de communication, l’avenir reste incertain dans un secteur considérés de plus en plus comme une activité commerciale comme les autres, alors qu’il se trouve naturellement au coeur de la vie culturelle et démocratique de la Nation.

Depuis quelques mois, la confusion se trouve accélérée par de nouvelles pratiques politiques et en particulier l’omniprésence du chef de l’état dans la communication journalière. Mais elle voit apparaître également le retour à des pressions politiques inadmissibles à l’égard des journalistes comme en atteste la protestation justifiée des personnels de l’A F P.

Votre mission de garant d’une certaine éthique en matière d’information s’en trouve compliquée en particulier dans votre mission de garantir le pluralisme de l’information.

Les multiples interventions du chef de l’état viennent déséquilibrer les proportions habituelles de temps de parole entre la majorité et l’opposition. C’est ce qui a conduit certaine formation politique à proposer que le temps de parole du président soit décompté différemment. Mais dans le même temps, ce déséquilibre conduit les différentes rédactions a donner du temps de parole supplémentaire à la principale formation de l’opposition.

Ainsi le déséquilibre dans l’information s’aggrave-t-il dans le rapport gauche/droite mais aussi de façon caricaturale à l’intérieur de la gauche. Les derniers chiffres que vous avez publiés sur les temps d’intervention font apparaître une véritable disparition du courant d’opinion que le parti communiste représente pour prendre un exemple qui nous concerne mais qui concerne le respect de la démocratie s’agissant d’un parti dont la presse dans son ensemble a salué le résultat lors des dernières élections cantonales et municipales, en notant qu’ils le positionnaient à la troisième place dans notre pays.

La bipolarisation de la vie politique française, que certains appellent de leur voeux se trouve ainsi confirmée voire anticiper par des pratiques éditoriales qu’il vous revient de qualifier et de corriger. Il en va du respect du pluralisme politique avant même le pluralisme de l’information et heureusement, de nombreux journalistes commencent à s’en émouvoir..

Il va sans dire que notre conception du pluralisme ne se résume pas, comme nous vous l’avons déjà signifié, au seul décompte des temps de parole des partis politiques, mais malheureusement l’absence de pluralisme dans le choix des éditorialistes, ou l’absence répétée de « paroles » citoyennes et syndicales à hauteur de leur place dans la société ne fait que confirmer et aggraver « l’excommunication » dont notre peuple est victime.

Cette situation me semble être symptomatique d’un malaise plus profond, touchant directement à l’honnêteté de l’information.

Qu’il s’agisse des lourdes incertitudes financières qui pèsent sur l’avenir du service public audiovisuel et des rédactions régionales, ou des pressions exercées sur l’Agence France Presse, tout indique que la situation actuelle ne peut perdurer. Les pressions, ou les restructurations contre nature porte atteinte au travail mené par les journalistes, et mettent en danger l’information et l’impartialité de son traitement.

Je me félicite du rendez vous que vous m’avez accordé pour mardi prochain, mais je tenais par la présente à vous indiquer quelques aspects de notre réflexion et qui seront, je l’espère, au coeur de notre échange.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments respectueux.

Marie-George Buffet, Secrétaire nationale du PCF


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Jeu 5 jun 2008 Aucun commentaire